Déserteurs de la Wehrmacht, cinq Slovènes ont rejoint le maquis de Tréminis – en Trièves – puis celui de Malleval. Just Jolivet, référent régional mémoire Auvergne-Rhône-Alpes de l’Office national des combattants et des victimes de guerre, a donné une conférence le 29 janvier dernier pour évoquer cet aspect méconnu de la résistance sur le plateau du Vercors.
Une conférence fut donnée le 29 janvier dernier à la suite de la commémoration du 82e anniversaire de l’attaque du village de Malleval-en-Vercors. Ce village accueillait de nombreux résistants début janvier 1944. La Wehrmacht effectua une opération le 29 janvier contre le maquis de Malleval, prenant en tenaille le village. Parmi les villageois et les résistants attaqués ce jour-là se trouvaient cinq Slovènes ayant rejoint le maquis quelques semaines plus tôt.

Anton Gerbec, Anton Gladek, Rudolf Kleindienst, Ludovik Oblak et Venceslav Grobotek furent enrôlés de force dans la Wehrmacht fin juin 1943 à la suite de l’invasion de leur pays par l’Allemagne quelques temps plus tôt. Refusant de servir le Reich, ils désertèrent le 31 octobre 1943 leur caserne de Gap pour rejoindre le maquis de Tréminis. Là, leur combativité et leur expérience militaire permit la réalisation de plusieurs coups de main par leur maquis. Leur groupe intègre le maquis de Malleval fin décembre 1943 afin de rejoindre un réseau plus structuré de résistance.

À Malleval, ils découvrirent alors un maquis en pleine explosion, miné par des conceptions différentes de la Résistance. Les Slovènes choisirent cependant de continuer le combat au sein de celui-ci, assistant régulièrement au lever des couleurs, au service de ce que le général de Gaulle aurait appelé plus tard « une certaine idée de la France ».
Le 29 janvier 1944 au matin, la Wehrmacht tient les crêtes de Malleval et remonte les gorges du Nan en piégeant habitants et résistants dans une nasse. Par chance, de nombreux maquisards étaient absents (permissions) ou ayant quitté Malleval pour rejoindre d’autres maquis, notamment à la suite du lieutenant Pierre Godard, dit « Raoul ». A 7h du matin, les maquisards tentèrent de fuir, notamment en direction du pas de Pré Coquet, au Sud-Ouest du village, mais se firent « cueillir » par les forces de l’Axe.

Ludovik Oblak fut retrouvé mort à proximité du lieutenant Eysseric. Rudolf Kleindienst fut fauché par une rafale devant les yeux de son camarade Venceslav Grobotek. Les deux tentaient de fuir en passant par un autre itinéraire. Grobotek fut le seul survivant des cinq Slovènes et poursuivit ensuite le combat dans les compagnies Bernard et Stéphane des maquis de l’Oisans. Il participa à la libération de Grenoble puis de la Yougoslavie.
Anton Gladek et Anton Gerbec, eux, furent faits prisonniers le jour même puis jugés le lendemain à Grenoble. Emprisonnés ensuite à Lyon dans une prison militaire de la Wehrmacht, ils furent passés par les armes le 3 mars 1944 au champ de tir de la Doua, à Villeurbanne.

Rudolf Kleindienst et Ludovik Oblak reposent aujourd’hui à la Nécropole nationale de Saint-Nizier-du-Moucherotte. Anton Gerbec et Anton Gladek sont, eux, inhumés au cimetière militaire allemand de Dagneux, dans l’Ain.
Un article plus complet sur le parcours de ces cinq Slovènes sera présenté dans les prochains mois dans le bulletin des Pionniers du Vercors.
La journée fut aussi l’occasion pour Tilen Praprotnik, petit-neveu de Rudolf Kleindienst, de venir se recueillir pour la première fois sur les lieux du massacre. Il fut une aide précieuse pour les recherches en fournissant de nombreux documents personnels utiles pour retracer le parcours de son grand-oncle et de ses camarades. Qu’il en soit chaleureusement remercié, ainsi que pour les photos de la conférence.


