Daniel Huillier s’est éteint le 24 décembre dernier, à l’âge de 97 ans. Né le 7 mai 1928 à Villard-de-Lans, il avait participé à la résistance aux côtés de son père, Victor Huillier, l’un des fondateurs des premiers maquis du Vercors. Après la guerre, il a notamment été président du club de hockey, les Ours de Villard, et chef d’entreprise reconnu à la direction de la société familiale.
Daniel Huillier, par delà ses activités multiples, a toujours eu à cœur de défendre et de transmettre les valeur des femmes et des hommes qui sont sont engagés dans la résistance au péril de leur vie. Ce fut le sens de son action inlassable au sein de l’Association des pionniers et combattants volontaires du maquis du Vercors, familles et amis.

Élu président national délégué le 26 septembre 2001, puis président national le 8 juin 2002, il a assumé cette responsabilité jusqu’à son décès soudain, avec une constance et une fidélité qui forcent le respect.
Il a dirigé l’association dans une période délicate, celle où les derniers résistants disparaissaient peu à peu, où se retiraient de la vie associative pour des raisons d’âge et de santé. Conscient de cette transition inéluctable, il a su donner à l’association une orientation claire, articulée autour de trois axes qui résumaient sa vision.

Honorer, d’abord. Pour lui, rendre hommage aux victimes et aux combattants n’était pas un rituel figé, mais un devoir vivant. Il veillait à ce que chaque cérémonie conserve sa dignité, sa force, et sa capacité à rappeler ce que le Vercors avait représenté. Cette conscience aiguë de l’urgence mémorielle guidait son action. Il ne se contentait pas d’en parler : il le faisait. Il accueillit ainsi, à Vassieux, deux Premiers ministres — Jean‑Pierre Raffarin en 2004, Manuel Valls en 2014 – ou encore le ministre Gaymard en 2004 à Saint-Nizier-du-Moucherotte – parmi de nombreux membres des gouvernements successifs – pour rappeler, au plus haut niveau de l’État, l’importance de cette mémoire. Son seul regret restera l’absence du président de la République lors de la commémoration du 21 juillet 2024, un symbole auquel il tenait profondément. Il ne manquait pas de déplorer qu’aucun président de la République n’ait jamais présidé les cérémonies commémoratives des combats du Vercors.

Être solidaire, ensuite. Daniel Huillier croyait profondément que les valeurs qui avaient poussé les anciens dans la Résistance — la soif de liberté et d’égalité, la fraternité, la loyauté, l’entraide — avaient créé entre eux des liens indestructibles. Il pensait que ces liens devaient continuer à vivre dans les générations suivantes, par delà les parcours individuels et les époques, parce que ces valeurs étaient pour lui premières et intangibles. Cette solidarité comprenait le soutien des anciens en difficulté, voire leurs enfants, qu’il pilotait dans la plus grande discrétion. Mais il pensait également à une solidarité plus large, entre associations par exemple, qu’il voyait comme un outil nécessaire à la poursuite de leurs actions.
Transmettre, enfin. Il savait qu’allait venir un temps où la jeunesse n’aurait plus de contact direct avec ce passé, où même les histoires familiales s’effaceraient avec le départ des derniers témoins. Il ne manquait jamais les rencontres avec des jeunes, de l’école primaire à l’université. Et l’association des Pionniers a apporté sous son impulsion une aide concrète aux initiatives des enseignants pour des rencontres en classe, des sorties mémorielles, des soutiens aux étudiants. En 2008, il engage avec la fondation de la Résistance un dialogue dont sortira, au terme d’un travail acharné, l’exposition virtuelle « le Vercors résistant ». Cette réalisation est toujours aujourd’hui une référence. Il soutient le colloque universitaire de novembre 2008 consacré aux « militaires dans la résistance » initié par Philippe Huet.

Il fut un ardent partisan de la création du site internet de l’association, en 2019. Il avait là l’intuition de l’impératif et de l’efficacité des technologies du numérique pour s’adresser au public le plus large et rendre accessible à tous la richesse des archives des Pionniers du maquis du Vercors. Toujours attentif aux outils d’expression contemporains, il participe avec une grande disponibilité à la réalisation de films documentaires comme Des vies engagées, en 2023.
Pour Daniel Huillier, la visée était constante : rendre infalsifiables les motivations de ceux qui se sont engagés pour les valeurs de la République face au régime de Vichy et aux occupants italiens puis allemands. Ce respect de l’histoire et des hommes le guidait lors de ses prises de positions publiques comme lorsqu’il écrivait le 28 juin 2024 : les résistants du Vercors « n’étaient guidés que par l’idée de vivre dans une démocratie fondée sur des principes et des valeurs, la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et la Laïcité qui seules permettent de se respecter et de vivre ensemble. C’était cela leur « programme national’’, pas celui de la xénophobie et du racisme, du communautarisme et de l’antisémitisme, du mépris et de l’exclusion ».

Daniel Huillier a présidé l’association des Pionniers pendant plus de vingt ans. Il l’a voulue fidèle à son histoire, ouverte à l’avenir, et toujours guidée par une idée si forte : la mémoire n’a de sens que si elle contribue à relier les vivants dans des valeurs. En cela, il aura été un homme d’une grande modernité, convaincu de ce que la voix d’une association fondée par d’anciens résistants épris de liberté est d’une nécessité vitale de notre époque.
C’est cette voix que continuera à porter l’Association des pionniers et combattants volontaires du maquis du Vercors, familles et amis. La voix de Daniel Huillier.
Les obsèques de Daniel Huillier auront lieu le 3 janvier 2026 à 14h30 en l’église de Villard-de-Lans.


En haut, de gauche à droite : Henri Masson, pionnier du Vercors, neveu d’Edouard membre du premier groupe de Villard ; Albert Clot-Godard ; Francisque Troussier, le successeur de François Ullmann à la tête de la compagnie civile Philippe, lorsque Ullmann a été nommé à la tête des compagnies de Villard, Autrans et Méaudre ; Victor Huillier ; Paul Bonnet, plus tard président du club de hockey ; Gabriel Guigon, président du club de hockey ; André Ravix, pionnier du Vercors, compagnie Philippe, futur maire de Villard de Lans.
En bas de gauche à droite : Daniel Huillier, plus tard président du club, président de l’association des Pionniers du Vercors en 2002 ; André Glaudas, neveu de Jean membre du premier groupe de Villard ; ?; Marcel Bonnard dit « Petit-Pierre » ; futur maire de Villard-de-Lans.
