Le contexte de la résistance

Les espaces, les temps, les acteurs

Les espaces : 

Tous ces maquis s’appuient sur des zones-refuges plus ou moins montagneuses (les Cévennes, le Morbihan, le Morvan, les Glières, le Vercors), voire bocagères (Maquis Surcouf en Normandie). L’originalité du Vercors réside dans sa position géographique stratégique au vu des axes vitaux de communications routières et ferroviaires allemands. En cas de débarquement en Provence, les pénétrantes du sillon rhodanien et de la route des Alpes, les rocades de la Drôme à Die et de l’Isère à Voreppe constituent un barrage naturel. C’est sur cette originalité que repose le « Projet Montagnards ».

Les temps :

Les modes de résistance préexistants aux années 1940, 1941 et 1942 se sont renforcés par l’apport des réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) dès février 1943. Au printemps et à l’été 1944, la plupart des réfractaires ont dû faire face à de violentes attaques allemandes, menées dans le but de les affaiblir (Bir-Hakeim dans les Cévennes, Mont-Mouchet, Saint-Marcel et bien sûr le Vercors), les Allemands craignant une mobilisation générale de la Résistance.

Les acteurs :

À partir de noyaux durs de résistants – civils ou militaires clandestins – plus ou moins bien organisés, les maquis vont être contraints de prendre des mesures appropriées pour accueillir, cacher, héberger, structurer, encadrer et armer ces futurs combattants (les parachutages des Alliés y pourvoiront en partie.). Les effectifs mobilisés sont compris dans une large fourchette allant de 500 (Les Glières) à plus de 2 000 (Vercors, Ain, Saint-Marcel, Surcouf, Mont-Mouchet). Dans ce domaine, les camps du Vercors présentent une originalité du fait de leur unité (mouvement Franc-Tireur), du soutien de la population essentiellement rurale et de leur mission nationale en cas de déclenchement du « Projet Montagnards ». De plus, le Vercors a dû subir les occupations italiennes puis allemandes dans des rapports de forces en sa défaveur.

Une autre originalité du Vercors réside dans sa gouvernance bicéphale, actée lors de la réunion d’août 1943 à Darbounouze. En juin 1944, le commandement est double en la personne d’une part, du civil Eugène Chavant et, d’autre part, du militaire François Huet. Tous les autres maquis n’ont qu’un seul chef, généralement un officier.

Auteur(s): Guy Giraud et Julien Guillon

Les espaces

Serti entre des falaises, le Vercors est pour les puristes un massif des Préalpes, et un Plateau pour la vox populi, c’est-à-dire les résistants et, souvent, la presse ou certains ouvrages. Le massif du Vercors est le plus vaste (quelque 2 000 km2) des massifs préalpins du Nord. Il est administré par le département de l’Isère, pour la partie des Quatre-Montagnes, et par celui de la Drôme, pour la zone du Vercors traditionnel ou historique. De ce fait, le Vercors a longtemps manqué d’unité géographique, sociale et économique.

De forme globalement triangulaire, sa largeur moyenne est d’environ 40 kilomètres et sa longueur de 60 kilomètres. Il s’agit d’un relief très accidenté constitué de hautes falaises, de cluses et de gorges. Mais ce sont également des synclinaux qui adoucissent les paysages (val-de-Lans). Au massif bien identifié, notamment par Raoul Blanchard et Jules Blache, il convient de rattacher le Royans à l’ouest, le Trièves à l’est, la Gervanne et le Diois au sud. Ces zones ont une importance dans l’observation des différents échanges entre le massif et son piémont et l’organisation de la Résistance. C’est sur ces espaces que les secteurs de la Résistance seront d’ailleurs calqués. Les communications vers l’extérieur sont rares et vont de routes encaissées dans des défilés à des chemins muletiers, voire piétonniers.

Son économie est essentiellement rurale et pastorale. Les alpages pour la transhumance d’été donnent lieu à la construction de cabanes de berger ou de chalets d’altitude, souvent vétustes, qui sont des refuges pour les résistants, malgré la rareté des sources sur ces sols karstiques. Enfin, le massif possède une couverture forestière étendue. Elle génère une activité sylvicultrice et l’exploitation du charbon de bois, mais elle est aussi une zone potentielle de refuge favorable à l’existence de maquis.

La violence des combats de l’été 1944, marqués par le massacre de civils puis les mémoires associées à ces drames participent à l’unité du massif. Enfin, le développement du tourisme et la création du Parc Naturel Régional du Vercors ont contribué à créer cette unité.

Auteur(s) : Julien Guillon et Guy Giraud
Source(s) : D'après Blache Jules, Les Massifs de la Grande Chartreuse et du Vercors, Grenoble, Didier & Richard, 1931, rééd. Laffitte reprints, Marseille, 1978.
Le Vercors, zone-refuge naturelle

À l’instar d’autres régions montagneuses et boisées, le Vercors est une zone-refuge naturelle pour des clandestins évoluant progressivement vers l’organisation de maquis armés. Ses vals et plateaux, protégés par des falaises, sont propices à la réception de parachutages. Dominant les communications allemandes reliant Toulon et Marseille au Lyonnais, le Vercors se révèle une base de départ possible pour menacer les Allemands, en soutien d’un débarquement allié sur les côtes provençales.

Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon

Les temps

 Déroulement des événements de 1940 à 1945 – Quelles implications directes ou indirectes pour le Vercors ? 

1940

–  Le 25 juin, l’armistice avec l’Allemagne et l’Italie entre en vigueur. La France est en partie occupée, des réfugiés gagnent la zone Sud, notamment la zone-refuge naturelle du Vercors.

1941

–  Décembre, parution du premier numéro de Franc-Tireur et de Combat.

1942

–  2 janvier, Jean Moulin (Max) est parachuté en zone Sud.

–  14 juillet, la France libre se rebaptise « la France combattante ».

–  11 novembre, les Allemands envahissent la zone Sud.

–  12 novembre, les Italiens occupent la région alpine.

–  Décembre, création de l’organisation métropolitaine de l’armée (OMA, future Organisation de Résistance de l’Armée, ORA).

1943

–  30 janvier, création de la milice.

–  16 février, Vichy mobilise trois classes d’âge pour le Service du Travail Obligatoire (STO). Premier camp du Vercors à Ambel.

–  9 juin, arrestation du général Delestraint (Vidal), qui avait entériné le « Projet Montagnards » élaboré par P. Dalloz.

–  21 juin, arrestation à Caluire de Jean Moulin. Il aura unifié les mouvements de la Résistance et appuyé le « Projet Montagnards ».

–  8 septembre, Badoglio signe l’armistice avec les alliés. Les Italiens quittent leur zone. Les Allemands occupent Grenoble.

–  13 novembre, premier parachutage d’armes sur le Vercors.

–  20 novembre, création à Alger de la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS).

1944

–   Début d’année, actions ponctuelles des Allemands sur le Vercors.

–   8 et 9 juin, verrouillage des accès au Vercors par le maquis.

–   3 juillet, proclamation de la République en Vercors.

–   21 juillet jusqu’au début du mois d’août, assaut allemand contre le Vercors.

–   23 juillet, diffusion de l’ordre de dispersion du maquis.

–   Fin de l’année, poursuite des combats pour la Libération.

1945

–   8 mai, capitulation allemande.

Auteur(s) : Guy Giraud 
Source(s) : En 2015, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération de la poche rochelaise, le musée des Beaux-Arts de La Rochelle a mis en lumière les événements singuliers vécus par la ville et ses habitants.
Les principaux temps du Vercors

1940

Après la signature de l’armistice, le 22 juin, les Allemands sont arrêtés à la cluse de Voreppe. Ils n’entrent pas dans le Vercors. Des réfugiés, fuyant la zone occupée, cherchent un refuge derrière les falaises du massif. Le lycée polonais Cyprian-Norwid s’installe à Villard-de-Lans. Une résistance informelle se manifeste dès le 18 juin.

 1941-1942

Des personnes, voire de petites équipes, cherchent à s’organiser clandestinement, marquant l’ébauche de formes de résistance à l’envahisseur, comme à Villard-de-Lans, Grenoble ou encore Romans.

– Le 6 avril 1942, des contacts entre les noyaux de Villard-de-Lans et Grenoble s’établissent dans la discrétion.

– Novembre 1942- septembre 1943 : les Italiens occupent la zone alpine à l’est du Rhône.

– Le 11 novembre 1942 : les Allemands envahissent la zone libre ; les Italiens sont refoulés chez eux.

– Décembre 1942 : P. Dalloz imagine un rôle stratégique pour le Vercors, en appui d’un débarquement allié sur les côtes de Provence. Ultérieurement, ce projet recevra l’assentiment d’Y. Farge, de Jean Moulin et du général Delestraint. Il sera approuvé par les services de la France Libre.


 1943

– Janvier : installation du premier camp à Ambel.

– Février 1943 : instauration du Service du Travail Obligatoire (STO).

– Mars-avril : constitution du premier comité de combat.

– Mai-juin-juillet : arrestations d’A. Pupin, du général Delestraint et de Jean Moulin.

– Fin juin : constitution du deuxième comité de combat.

– 10 et 11 août : réunion des dirigeants de la Résistance du Vercors à Darbounouse.

– 13 novembre : premier parachutage d’armes à Darbounouse.

De janvier à juin 1944, les événements s’accélèrent :

– La milice et les Allemands effectuent des raids et des coups de boutoir sur le Vercors.

– Le Vercors reçoit des parachutages d’armes.

– La gouvernance du Vercors évolue : E. Chavant en est le responsable civil depuis décembre 1943 et se trouve à Alger du 24 mai au 7 juin. Le 4 janvier, N. Geyer devient le responsable militaire ; Le Ray lui passe les pouvoirs le 31 janvier. Fin mai, Descour désigne F. Huet pour remplacer N. Geyer.

1944, après le 9 juin

– Le 9 juin, le Vercors se mobilise ; ses accès sont verrouillés.

– Fin juin-début juillet, les services secrets d’Alger et de Londres parachutent des commandos légers.

– Les 13 et 15 juin, les Allemands occupent Saint-Nizier-du-Moucherotte.

– 3 juillet, proclamation de la République en Vercors.

– Les 12, 13 et 14 juillet, les Allemands bombardent la Chapelle-en-Vercors et Vassieux-en-Vercors en réaction à d’importants parachutages de jour.

– À partir du 21 juillet, les Allemands donnent l’assaut au Vercors et ratissent le massif.

– Le 23 juillet, F. Huet donne l’ordre de dispersion aux unités du maquis.

– Début août, l’ennemi quitte le plateau ; la Résistance se réorganise pour harceler les Allemands.

– Ultérieurement, la lutte se poursuit pour libérer le territoire. Un pourcentage important de combattants continuera la lutte au sein de la 1re armée de De Lattre-de-Tassigny, ou de la 27e division alpine.

Auteur(s) : Guy Giraud
Source(s) : D'après Gilles VERGNON, Le Vercors, histoire et mémoire d’un maquis, Paris, Edition de l’Atelier, 2002, 256 pages.

Les acteurs

Les Italiens, dirigés par le général De Castiglioni, occupent le Sud-Est de la France de novembre 1942 à septembre 1943. Ils sont peu virulents, mais leur service secret de police politique, l’Organizzazione di Vigilanza e Repressione dell’Antifascismo (OVRA), est efficace. Face au développement de la Résistance en Vercors, l’adversaire engage progressivement ses moyens d’action. Les occupants italiens parviendront à éliminer le premier comité de combat du Vercors.

Les Allemands, emmenés par le général Niehoff, envahissent la zone libre le 11 novembre 1942 suite au débarquement allié en Afrique du Nord, avec pour objectif de s’emparer de la flotte française de Toulon. Ils reprochent aux Italiens leur manque d’efficacité dans la lutte antiterroriste et le contrôle des juifs. La 157e DR du général Pflaum se déploie à l’est du Rhône, appuyée par le Sipo/SD (Sichereitsdienst) et la milice française.
La relève des unités italiennes donne lieu à de violentes oppositions entre les deux armées, notamment à Grenoble.

Dans le même temps, la résistance naît d’initiatives individuelles ou de petits groupes. La décision des Allemands, appuyés par le gouvernement de Vichy, d’instaurer le Service du travail obligatoire (STO) va progressivement faire augmenter les effectifs dans les zones-refuges qui s’organiseront en camps puis, plus tard, en unités de type militaire.

Le développement des camps impose la mise en place d’une gouvernance bicéphale civile et militaire. Si cette gouvernance connaît des évolutions pour pallier les arrestations de certains de ses membres, elle se place dans la double continuité du mouvement Franc-Tireur, qui rassemble des civils et des militaires, et de la perspective du Projet Montagnards. Civils et militaires connaîtront parfois des oppositions sans conséquences graves.

La gouvernance conduite par E. Chavant et F. Huet, dès l’été 1944, saura maîtriser les problèmes d’organisation dans les domaines du soutien de la population et de l’organisation des structures des camps, notamment au moment de la mobilisation du 9 juin 1944.

Les Allemands, soucieux de préserver leur liberté de circulation sur les itinéraires des Alpes et de la vallée du Rhône, s’engageront en force le 21 juillet 1944 sur l’ensemble du massif. Le résultat des combats découle de l’évaluation du rapport des forces des belligérants.

Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon

Les soutiens et l’équipement du maquis

Localement, le maquis a reçu le soutien de la population du Vercors pour ce qui concerne son ravitaillement, sa sécurité générale, la fourniture de faux papiers et de cartes d’alimentation et les soins médicaux de première urgence.

Parfois, avec des complicités intérieures, des équipements sont dérobés dans les magasins des Chantiers de la Jeunesse stationnés sur ou à proximité du massif.

L’armement de la Résistance reste le problème majeur ; en effet, la récupération d’armes cachées chez des particuliers ou prises à l’ennemi est insuffisante tant en quantité qu’en puissance de feu.

Cependant, pour armer tous les volontaires, notamment à partir de juin 1944, le recours aux parachutages demandés avec insistance à Londres et à Alger a été indispensable.

Des hommes formés par les services secrets arrivent au Vercors. Leur chef est R. Bennes (Bob) ; l’équipe comprend les manipulateurs télégraphistes, les codeurs et décodeurs des messages envoyés ou reçus.

Sans un bon équipement en postes radio rien ne peut être obtenu. La mise en place d’une liaison nécessite de posséder les quartz de fréquences adaptés à l’émission et à la réception des messages. De plus, les destinataires à Londres et à Alger sont individualisés ; ils appartiennent au Bureau Central de Renseignement et d’Action (BCRA).

Le travail de manipulateur télégraphiste est dangereux du fait de la capacité technique qu’ont les Allemands pour localiser le lieu de l’émission par radiogoniométrie.

Auteur(s): Guy Giraud et Julien Guillon

Le Camouflage du matériel (CDM)

Le 22 juin 1940, l’armistice est signé avec l’Allemagne, le 25 avec l’Italie. La convention d’armistice, élaborée au début du mois de juillet, stipule :

« Les armes, munitions et matériels de guerre de toutes espèces restant en territoire non occupé, dans la mesure où ceux-ci n’auraient pas été laissés à la disposition du gouvernement français pour l’armement des unités autorisées, devront être entreposés ou mis en sécurité sous contrôle allemand ou italien ».

Une des premières formes de la Résistance française, initiée par des officiers, sous le vocable de « Conservation du Matériel » puis « Camouflage du Matériel » consiste à détourner clandestinement du matériel de guerre avec l’ambition de préparer la « revanche » suite à la défaite de juin. À cette fin, elle contourne, autant que possible, les opérations de contrôle de l’occupant et ses commissions d’armistice. Le général Louis Colson, secrétaire d’État à la guerre de Vichy, joue le double jeu entre l’occupant et cette forme originale de Résistance. Le commandant Émile Mollard, de l’état-major de l’armée, de son côté, en est la cheville ouvrière au plan national et il dispose de représentants sur l’ensemble du territoire. À Grenoble, le chef d’escadron Henri Delaye, qui commande le parc régional d’artillerie, entreprend une véritable entreprise de dissimulation d’armes et de munitions dans le pourtour de l’agglomération. Le Vercors ne fut que peu concerné, même si six tonnes de dynamite furent entreposées dans une carrière du col de La Croix-Perrin.

Suite aux menaces italiennes, et surtout allemandes, de nombreuses caches seront révélées par peur de représailles ou par collaboration avec l’ennemi. La récupération des armes dissimulées exposera davantage les résistants. En voulant récupérer deux camions du CDM cachés à Mens, le capitaine André Virel engage alors une opération mal conçue qui conduit à la décapitation par les Italiens du premier comité de combat du massif (autour notamment d’Aimé Pupin, de Remi Bayle de Jessé) en 1943. Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon

L’armée d’Armistice et le Camouflage du Matériel (CDM)

L’ingéniosité des résistants de l’armée d’Armistice a permis d’extraire les matériels militaires aux contrôles de l’occupant, qu’il s’agisse d’armes de différents types (véhicules, canons, munitions, armes légères), des lieux de camouflage (édifices publics, particuliers, sociétés de transport, grottes et carrières désaffectées…).
Les responsables du Camouflage du Matériel (CDM) sont nombreux à disposer d’adjoints tant au niveau national que local.

Malgré les possibilités de caches que lui offre sa géographie, le Vercors n’a pas été directement concerné par ce type d’opérations clandestines, à l’exception d’explosifs cachés au col de La Croix-Perrin.

Auteur(s) : Guy Giraud, Philippe Huet et Julien Guillon 

L’armement du maquis

La résistance en Vercors s’est progressivement organisée en zone libre dès la signature de l’armistice le 20 juin 1940 avec l’Allemagne et le 24 juin avec l’Italie.

Pendant que des personnalités de Grenoble et de Villard-de-Lans, résistants et clandestins de la première heure, s’interrogent sur le « Que faire ? », Dalloz imagine une mission d’ordre stratégique pour le massif, c’est le Projet Montagnards et son annexe d’Alain Le Ray, précisant les modalités militaires d’exécution du projet en liaison avec un débarquement allié en Provence. Cette note prévoit l’intervention de 7 500 parachutistes alliés accueillis et orientés par 450 résistants « locaux ». Alain Le Ray estime que, pour les armer, 795 fusils mitrailleurs (FM), 795 mitraillettes, 6 350 pistolets et/ou mousquetons, 5 canons antichars et 15 mortiers sont nécessaires.

Dans le même temps, une organisation secrète militaire, le Camouflage du Matériel (CDM) tente de se soustraire aux inspections des commissions d’armistice de l’armement, notamment dans les environs de Grenoble grâce à Henry Delaye, chef d’escadron, qui commande le parc régional d’artillerie. En 1943, le Vercors dispose de 2,5 tonnes de dynamite.

Le 10 mai 1940, puis le 5 mars 1942, l’occupant interdit la détention d’armes sur l’ensemble du territoire.

Dès 1942, l’occupant instaure la Relève : cette loi prévoit l’envoi de trois techniciens français en Allemagne en échange de la libération d’un prisonnier français. Face à l’échec de la Relève, l’Allemagne impose, le 16 février 1943, le Service du Travail Obligatoire (STO) pour les classes de 1940, 1941 et 1942.

Les jeunes réfractaires au STO sont contraints de chercher refuge dans les zones montagneuses, dont le Vercors. Des camps sont organisés, les réfractaires, qui ne sont pas encore des combattants, sont soutenus, équipés et nourris par la population. La gouvernance naissante du massif désigne des chefs de camps, organise l’effectif des camps par trentaine, diffuse des ordres pour une militarisation progressive de l’organisation civile qui devient peu à peu civilo-militaire. Les premières armes sont de simples « bâtons ». Parfois un habitant du massif, ancien de la Guerre de 1914/1918, amène spontanément son arme et les « vieilles pétoires » sortent des greniers, ce qui constitue, dans les débuts, un armement très sommaire, loin des plans d’A. Le Ray. Dès lors se pose la question de la dotation en armes de ces jeunes gens qui deviennent des combattants pour libérer le massif avec en toile de fond le Projet Montagnards de Dalloz.

L’armement disparate de récupération est notoirement insuffisant en qualité et en puissance de feu. L’appel à l’aide auprès des alliés est urgent. L’organisation de parachutages nécessite la mise en œuvre de techniques compliquées. L’arrivée de Robert Bennes et de son équipe d’opérateurs-radio, reliés à Londres et Alger, règle en partie l’équipement des combattants en armes de petits calibres. Les unités manqueront cependant d’armes lourdes, en dépit des demandes réitérées de la gouvernance du Vercors, notamment lors des combats de Vassieux-en-Vercors. Le 14 juillet 1944, quelques semaines après l’ordre de mobilisation sur le terrain, environ 1 200 containers remplis d’armes légères et d’équipements divers étaient parachutés. La violence des combats engagés face à une armée régulière eut raison des carences en armes lourdes, malgré les canons de « 25 » récupérés au camp militaire des Chambarands en juin 1944.

Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon 
Le dilemme des armes du maquis

Dès lors que la Résistance éprouve la nécessité de dépasser sa genèse pour renforcer et diversifier ses réseaux clandestins, elle envisage des actions armées contre l’occupant, immédiates pour certaines, et en prévision des débarquements alliés sur le sol français, pour d’autres.

Le Service du Travail Obligatoire (STO) amène un afflux de réfractaires dans les zones-refuges du Vercors. Il en résulte l’obligation d’organiser et de structurer des camps pour les accueillir et les soutenir.

Pour dépasser cette organisation de base et envisager le combat, le dilemme de l’armement des maquisards s’est posé d’emblée. L’armement de récupération se révèle insuffisant. L’appel aux parachutages émis en direction de Londres et d’Alger porte ses fruits, notamment au printemps 1944. Il n’est cependant fourni que des armes légères.

Dans le même temps, les Allemands se structurent et renforcent leurs moyens d’action pour contrer la montée en puissance du Vercors. Lors des combats majeurs qui se sont déroulés sur le massif, surtout à Vassieux-en-Vercors, du 21 au 23 juillet 1944, les unités reçoivent l’ordre de rompre le contact et de se disperser pour reprendre le combat après le départ des Allemands, du fait qu’aucun armement lourd n’a été livré par les Alliés ou le BCRA.

Auteur(s) : Guy Giraud 

Les services secrets

Le développement de la gouvernance du Vercors, dépassant les vicissitudes des arrestations, s’est appuyé sur trois constantes : l’unité physique du massif, l’omniprésence du mouvement Franc-Tireur et le Projet Montagnards.          

L’armement et l’équipement des maquisards est un problème récurrent. Les armes de récupération sont un palliatif insuffisant pour entreprendre des actions militaires. Des appels sont lancés aux Alliés et à la France combattante (Alger et Londres) pour obtenir des parachutages d’armes et d’équipements.

Des agents secrets sont parachutés pour organiser ces délicates opérations aériennes. Il s’agit de trouver des terrains de parachutage répondant à des normes techniques précises, d’en définir les coordonnées sur les cartes de l’époque, de leur donner des noms de code, de baptiser chaque largage par un message conventionnel, qui sera diffusé par la BBC, et d’en assurer le ramassage et le camouflage.                                                                                                              
Pour le Vercors, le chef de la Section des Atterrissages et des Parachutages (SAP), appellation qui a succédé au Service des Opérations Aériennes et Maritimes (SOAM), puis au Centre d’Opérations de Parachutage et d’Atterrissage (COPA) est Robert Bennes (Bob). Installé à La Britière (commune de Saint-Agnan-en-Vercors), il dispose d’équipes de radiotélégraphistes parachutés avec les postes radio. Robert Bennes appartient au SOE (Special Operations Executive).

D’autres missions sont parachutées au Vercors, dans le but d’instruire des maquisards au maniement des armes : c’est notamment le cas des missions Union, Chloroform des Jedburgh,  Eucalyptus et de l’Operational Group (OG) Justine.

La mission Paquebot, commandée par le capitaine Jean Tournissa (Paquebot), est plus spécifiquement chargée de l’aménagement d’un terrain d’atterrissage à Vassieux-en-Vercors.

Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon
Un indispensable soutien des Alliés et du BCRA

Après une longue phase de développement et d’organisation des camps du Vercors et la décision du 9 juin 1944 de mobiliser les combattants, la Résistance a besoin du soutien des services secrets des Alliés et du BCRA. Ce soutien consiste en des parachutages d’agents ou de groupes d’agents.

Ces agents secrets sont principalement chargés d’installer des liaisons radio spécialisées vers Alger et Londres afin d’obtenir des parachutages d’armes, d’équipements, de matériel sanitaire, de vivres et de tabac, voire parfois d’argent. Ces parachutages ont lieu sur des terrains repérés par leurs coordonnées géographiques et dont les noms sont codés. Par ailleurs, ces agents secrets instruisent les combattants au maniement des armes.

Robert Bennes (Bob), chef de la Section des Atterrissages et des Parachutages (SAP), constitue la pièce maîtresse du dispositif sur le massif.

 Auteur(s) : Guy Giraud 
Les opérations et missions en Vercors

D’autres missions sont parachutées dans le Vercors ; elles sont chargées de l’instruction des maquisards au maniement des armes, notamment les missions Union et Eucalyptus, la mission Chloroform des Jedburgh, et enfin l’Operational Group (OG) Justine.

La mission Paquebot commandée par le capitaine Jean Tournissa (Paquebot) est plus spécifiquement chargée de l’aménagement d’un terrain d’atterrissage à Vassieux-en-Vercors.

Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon 

Les parachutages

La doctrine de l’état-major allié est claire : les maquis n’ont pas besoin d’armes lourdes. En fait, il ne souhaite pas surarmer la Résistance française pour éviter la mainmise des communistes sur la gouvernance de la France après la Libération. Par ailleurs, Winston Churchill préconise, dans un premier temps, de concentrer l’effort sur l’armement des maquis de la Yougoslavie et de la Grèce en prévision d’un éventuel débarquement dans cette région, l’idée étant d’atteindre au plus vite Vienne, et ainsi, couper la route à l’armée soviétique. Il ne sera pas suivi par Eisenhower, qui imposera l’option du débarquement en Provence après celui de la Normandie. Les maquis bénéficieront dès lors d’un considérable renfort en armement au premier semestre de 1944 (opération «Cadillac»).

Les parachutages sont conçus selon des règles et des normes fixées par le commandement allié, britannique notamment. Il ne sera pas fait d’exception pour le Vercors. Les opérations commencent par le repérage du terrain qui doit être de préférence rectangulaire, se trouver dans un lieu discret, si possible à proximité d’un bois qui pourra cacher le comité de réception. Le terrain doit ensuite être homologué, ce qui consiste à le faire répertorier par les services alliés, à lui attribuer un code et une phrase conventionnelle utilisée pour annoncer le parachutage.

Dans les premiers temps, l’ensemble de la procédure d’homologation est centralisée par les services anglais. Après l’accroissement des opérations, les décisions sont plus déconcentrées. C’est notamment le cas pour définir les phrases conventionnelles. Les terrains ont des caractéristiques particulières selon leurs qualités de réception au sol ou leur environnement : Homo pour l’accueil des hommes, Arma pour la réception de matériels, Homo et Arma pour les zones mixtes, comme par exemple Vassieux. Seuls ceux-ci sont activés en permanence. Le contenu des containers est normalisé en fonction de leur destination: explosifs et accessoires, armement, mines, matériel de santé, nourriture, habillement, argent (parfois) ; beaucoup sont détériorés lors de l’atterrissage sur des sols durs.

Auteur(s) : Guy Giraud 

Amalgame et reconstruction

Le Vercors s’est levé,
Il a combattu,
Il a souffert,
Il a continué le combat,
Il s’est relevé.

Après le départ des Allemands, les maquisards du Vercors ont eu des décisions à prendre :
– soit retourner dans leurs foyers ;
– soit s’engager à titre individuel dans des unités combattantes ou territoriales pour la durée de la guerre, plus trois mois, pour continuer le combat au sein d’un nouvel environnement totalement différent de celui vécu au maquis en unités constituées : 11e Cuir., 6e BCA, Ire Armée française.

Le fait d’avoir réussi à amalgamer ces maquisards, dépourvus de presque tout et non instruits aux exigences du combat moderne, à une armée mécanisée venue d’Afrique du Nord, équipée et soutenue par les Américains ou les Anglais, constituera la plus belle victoire du général de Lattre de Tassigny. Le 11e régiment de cuirassiers combattra jusqu’en Allemagne, le 6e BCA rejoindra la nouvelle 27e division alpine sur les cols des Alpes.

Alors que les combats pour la Libération de la France se poursuivent avec succès jusqu’en Allemagne, certains anciens combattants volontaires restés au pays entament la dure tâche de reconstruire le Vercors et de relancer son économie dévastée. Ce sera, entre autres, la mission de l’Association nationale des Pionniers et combattants volontaires du Vercors (ANPCVV) sous l’égide d’Eugène Chavant. Les « dons suisses » apporteront une aide non négligeable dès l’hiver 1944-1945.

Auteur(s): Guy Giraud et Julien Guillon

La poursuite des combats

À la fin des combats du Vercors, environ 1 500 à 2 000 résistants signent un engagement pour la durée de la guerre afin de servir, à titre individuel, dans des unités combattantes de la 2e division blindée, de la Ire armée de De Lattre de Tassigny – Rhin et Danube – en unités issues du maquis, ou dans des unités territoriales.

De Lattre de Tassigny écrit : « L’âme commune de l’armée Rhin et Danube est née de l’amalgame intime et fraternel des 250 000 soldats venus de l’Empire et des 137 000 FFI. »

Le général, en assimilant des unités du maquis à celles de l’Armée d’Afrique débarquée en Provence, veut redonner à la République une armée à la hauteur de la reconnaissance internationale de son engagement contre le régime nazi. Il a par ailleurs besoin de trouver des effectifs pour pallier ses pertes et en prévision des durs combats de l’hiver 1944-1945 dans les Vosges. Pour réussir cet amalgame, il lui faut lever des obstacles dans les domaines psychologiques et matériels. Certains chefs de la Résistance ne veulent pas se faire voler ce qu’ils considèrent comme leur victoire contre l’occupant.

Par ailleurs, les Américains sont réticents à équiper les unités hétéroclites de la Résistance, dont ils doutent de la capacité d’adaptation aux exigences opérationnelles d’un combat moderne mécanisé.
Engagé à l’automne 1944, l’amalgame prend son plein effet en février 1945.

Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon 
Réaliser « l’osmose » entre les Résistants et une armée moderne

Cet amalgame est un double défi, tant d’un point de vue psychologique que matériel.

La Ire armée a débarqué en Provence le 15 août 1944. Son chef, de Lattre de Tassigny, veut libérer la France et anéantir le nazisme. Il a la volonté de donner à de Gaulle une nouvelle armée pour appuyer ses objectifs de guerre et sa politique face aux Alliés.

Les résistants sont tout aussi motivés pour libérer le pays. Ils disposent d’unités hétérogènes, mal équipées, à l’armement  hétéroclite. Ils sont très attachés à leurs chefs de maquis. Ils ne veulent pas se faire voler ce qu’ils considèrent être aussi leur victoire. La plupart ignore les techniques et tactiques propres à une armée mécanisée.

La plus grande victoire de De Lattre de Tassigny est d’avoir réussi cette délicate opération, en dépit de difficultés venant des Américains et des Anglais, mais aussi, parfois, de ses propres compagnons.

Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon

La reconstruction

En août 1944, après le départ des troupes allemandes, le constat est accablant : des centaines de maquisards ont été tués et plusieurs dizaines de civils ont perdu la vie. Des centaines de bâtiments ont été détruits et les circuits économiques sont à réactiver. L’agriculture est en berne et le tourisme, qui avait pris son essor au début du XXe siècle, n’engendre plus de rentrées financières. Sur le massif, il est ainsi impératif de participer à l’effort de reconstruction ; de plus le climat de montagne pose la question urgente du relogement.

Entre 1944 et 1945, de nombreuses initiatives, privées ou publiques, prennent en charge le coût et les modalités pratiques de la reconstruction ; c’est notamment le cas du Comité d’Aide et de Reconstruction du Vercors (C.A.R.V.) et de l’« Association Nationale des Pionniers et Combattants Volontaires du Vercors », (A.N.P.C.V.V.). Le ministère de la Reconstruction, qui s’appuie sur ses représentations départementales (Drôme et Isère) ainsi que sur des initiatives locales (associations de sinistrés), participe également à l’effort de reconstruction, appuyé par l’élan de générosité provenant de la Suisse par l’intermédiaire du « Don suisse ».

Progressivement, le C.A.R.V. prendra en charge le soutien moral aux populations. En effet, si toutes ces initiatives vont permettre au massif de se relever peu à peu, la cicatrice liée aux massacres perpétrés peine à se refermer.

Auteur(s) : Julien Guillon
Source(s) :
Archives Départementales de la Drôme, 943W13 - 2827W (15-21).
Archives Départementales de l'Isère, 170M5.
Archives ANPCVV- Grenoble.
Gilles VERGNON, Le Vercors : Histoire et mémoire d’un maquis, Paris, éd. de l'Atelier, 2002.
Résiliences

C’est un vaste territoire qu’il faut reconstruire, après la fin des combats. Si les aspects matériels sont essentiels (habitations, fermes, bâtiments publics), il faut également panser les plaies d’une population particulièrement meurtrie par les massacres et les atrocités.

Auteur(s) : Julien Guillon