Sur les traces des Volontaires du Trièves : une transmission vivante de la mémoire au pas de l’Aiguille

Nécropole du pas de l’Aiguille, juin 2026. Photos Bruno Aklil.

Les 4 et 5 juin 2026, les Pionniers du Vercors ont renouvelé, pour la troisième année consécutive, leur démarche de transmission de la mémoire auprès des jeunes générations. Cette initiative, consacrée aux événements de l’été 1944 et plus particulièrement aux combats du pas de l’Aiguille, a permis à quinze élèves de troisième de découvrir sur le terrain l’histoire des hommes de la section de Mens. Ces élèves étaient scolarisés au collège Henri Wallon de Saint-Martin-d’Hères dans l’Isère.

Porté par Antoine Huet, des Pionniers du Vercors, et par Simon Degache, du collège Henri Wallon, ce projet pédagogique visait à rendre tangible une histoire souvent étudiée uniquement dans les manuels scolaires. En amont de la randonnée, Simon Degache, enseignant d’Histoire-Géographie, a bénéficié du concours de Ludovic Decamp, également membre des Pionniers du Vercors, pour accompagner les élèves dans un travail de contextualisation historique. Tous volontaires pour cette expérience et soutenus par leurs parents, les élèves ont découvert l’histoire de la Résistance dans le Vercors et sélectionné plusieurs extraits du témoignage d’Albert Darier. L’objectif était de lire ces passages au fil du parcours, sur les lieux mêmes où se sont déroulés les événements relatés.

Introduction effectuée par Antoine Huet aux élèves devant le monument des Fourchaux.

Le jeudi 4 juin, au départ de la Richardière, le groupe s’est engagé sur les traces des hommes du lieutenant Blanc en direction du Pas de l’Aiguille. Simon Degache était accompagné de trois membres de l’équipe pédagogique du collège ainsi que de deux accompagnateurs en montagne, Laurent Caillot et Florent Debicki, et leur stagiaire Valentin. La présence de Just Jolivet, référent régional Mémoire Auvergne-Rhône-Alpes de l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaC-VG), a également enrichi cette démarche. Enfin, Bruno Aklil, membre des Pionniers du Vercors, a participé à cette action de transmission en tant que chercheur indépendant.

Lecture de témoignages aux Fourchaux.

Une première halte aux Fourchaux a permis de présenter les enjeux historiques du site et de lire les premiers extraits du témoignage d’Albert Darier. Le groupe a ensuite poursuivi son ascension vers le Pas de l’Aiguille sous un ciel progressivement menaçant. Après une pause à la bergerie de Chaumailloux, les participants ont visité les grottes où les résistants trouvèrent refuge lors de l’attaque allemande du 22 juillet 1944. Dans la petite cavité où les hommes du lieutenant Blanc vécurent trente-six heures d’angoisse et d’incertitude, les élèves ont lu à tour de rôle des passages de l’ouvrage Tu prendras les armes. Ce moment, particulièrement émouvant, a permis à chacun de mesurer la réalité humaine de ces événements.

Lecture de témoignages dans la grotte où les hommes de la section de Mens ont tenu 36 heures.

La journée s’est poursuivie à la Nécropole du Pas de l’Aiguille. Devant les tombes des huit victimes des combats, Just Jolivet a retracé le parcours de chacun d’eux. Cette évocation a été suivie d’une minute de silence puis de l’interprétation de la Marseillaise, chantée avec conviction par l’ensemble du groupe, tandis qu’une pluie fine se transformait peu à peu en orage.

La bergerie de Chaumailloux est alors devenue un refuge où élèves et accompagnateurs ont poursuivi leurs échanges autour de la Résistance, du Vercors et des événements de l’été 1944, avant de partager un diner préparé par nos 2 guides. À la tombée de la nuit, quelques volontaires ont choisi de retourner dans la grotte plongée dans l’obscurité afin de mieux appréhender les conditions particulièrement éprouvantes vécues par les résistants.

Description biographique des huit morts du pas de l’Aiguille par Just Jolivet de l’ONaC-VG.

Le lendemain a été consacré à la découverte des espaces naturels: l’itinéraire parcourait les Hauts-Plateaux pour rejoindre le Pas de l’Essaure et redescendre vers Chichilianne à travers un épais brouillard. L’occasion de traverser ces grands espaces où le pastoralisme est très présent. Si nous n’avons pas eu la vue splendide attendue, nous avons pu admirer quelques espèces d’orchidées comme les Sabot de Vénus ou les orchidées sureau. Nos 2 guides ont également évoqué la présence du loup sur les Hauts-Plateaux. Au total, les élèves ont parcouru près de 16 kilomètres et franchi plus de 1 000 mètres de dénivelé positif en deux jours.

Bien davantage qu’une simple sortie scolaire, cette expérience a constitué une véritable salle de classe à ciel ouvert. L’effort de la montée, les conditions météorologiques difficiles, le froid et le brouillard ont permis aux jeunes participants de mieux comprendre la réalité du terrain. Cette immersion leur a offert une perception concrète de l’Histoire, bien au-delà de ce qu’un manuel ou un cours peuvent transmettre.

Bruno Aklil
Juin 2026

Photo de groupe devant la bergerie de Chaumailloux.
Trois membres des Pionniers du Vercors présents lors de cette édition, de gauche à droite : Antoine Huet, Ludovic Decamp et Bruno Aklil.
Départ au petit matin du vendredi 5 juin 2026 depuis la bergerie de Chaumailloux.