À Vilard-de-lans, au cours de l’hommage rendu au sergent Torres.
L’association des Pionniers a organisé un « tour des stèles » du Vercors Nord ce 5 septembre, à l’image de celui qui se déroule début juillet au Sud au départ de Saint-Jean-en-Royans. Six monuments ont reçu la visite d’une cinquantaine de participants. Manière de ne pas laisser tomber dans l’oubli les noms de ceux qui ont perdu la vie au cours de l’été 1944.
« Nous avons voulu mettre en lumière des parcours, des femmes et des hommes restés dans l’ombre, des stèles qui restent souvent à l’écart des cérémonies commémoratives. » Philippe Ravat a beaucoup travaillé sur l’organisation du « tour des stèles du Vercors nord », qui a eu lieu le 5 septembre dernier, à l’initiative de l’Association nationale des pionniers et combattants volontaires du maquis du Vercors, familles et amis.

Le monument, une simple croix, qui porte les noms de Jacob Glas et Elia Salkind est l’expression de cette ambition. Une croix située en bordure de la route départementale 215 entre Villard-de-Lans et Corrençon, parfaitement invisible pour les automobilistes, d’un accès piéton malaisé. Nombre de la cinquantaine de participants à ce tour des stèles ignoraient d’ailleurs jusqu’à son existence. Or ce monument témoigne d’une réalité peu mise en avant dans les cérémonies commémoratives : les deux hommes qui ont été fusillé par des soldats allemands n’étaient pas des combattants mais des civils, assassinés le 22 juillet 44 parce que juifs. Un acte symbolique de la barbarie de l’attaque allemande de juillet 1944.

L’initiative est appelée à se renouveler. L’appellation « tour des stèles du Vercors nord » excède en effet la capacité d’une matinée de cérémonies. Ce 5 septembre, six haltes étaient prévues, de Rencurel à Villard-de-Lans. « Nous avions bien sûr pensé à Lans et Saint-Nizier, précise Philippe Ravat, mais le programme aurait été beaucoup trop chargé ». De Méaudre à Saint-Nizier, le Vercors compte des dizaines de stèles qui marquent chacune un événement tragique. Aussi le programme de l’année prochaine est-il d’ores et déjà sur les rails, à la découverte d’autres monuments laissés hors des projecteurs commémoratifs.
Des monuments, mais surtout les femmes et les hommes dont ces simples stèles témoignent de l’engagement. « Nous voulons rappeler leurs noms, qui ils étaient, évoquer la diversité des origines, des raisons de l’engagement de ceux qui ont laissé leur vie sur le plateau », insiste Philippe Ravat.

À Rencurel, au pont du Violon, le monument porte les noms de Maurice Perrin, Louis Portat, Pierre Ravix et Jules Reppellin. Ils étaient résistants dans la compagnie Philippe, fusillés le 25 et le 27 juillet 44.
Aux Jarrands, à Villard-de-Lans, la stèle rend hommage à Jacques Carminati, Léon Gauthier, Henri Magnat, Louis Ronza-Pascal et Marcel Bathelot. Des résistants mais aussi un homme, Marcel Bathelot, venu demander un laisser-passer aux autorités allemandes, arrêté et fusillé.

À Liorin, commune de Corrençon-en-Vercors, un maquisard, André Gauthier, et un homme qui s’était rendu à la mairie pour se faire recenser, Marcel Girard ; tous deux fusillés le 6 août 44.
Toujours sur le territoire de la commune de Corrençon, la croix qui porte les noms de Jacob Glas et Elia Salkind, en bordure de la route départementale 215, victimes de l’antisémitisme.

À Villard-de-Lans, le tour des stèles 2026 s’est rendu devant le monument qui porte le nom de Vincent Torres, sergent au 6e bataillon de chasseurs alpins reconstitué, exécuté le 6 août 44.

« Nous avons contacté les familles des victimes », souligne Philippe Ravat. Et c’était l’un des intérêts de cette matinée chargée d’émotions que de voir des descendants de résistants morts pour la France se retrouver pour ces hommages.
La matinée s’est achevée par deux hommages particuliers, au cimetière de Villard-de-Lans. Moment de recueillement devant la tombe de Jacques Alain Carminati, disparu l’an dernier, fils de Jacques Carminati, membre du conseil d’administration de l’association des Pionniers, dont il fut le trésorier de longues années durant.

Pierre Buisson, président de l’association, prenait la parole devant le monument funéraire de la famille Huillier, pour saluer la mémoire de Daniel Huillier, disparu le 24 décembre dernier, auquel il a succédé à la présidence de l’association des Pionniers. Beaucoup d’émotion dans l’assistance où nombreux étaient celles et ceux qui ont eu le privilège de connaître la personnalité forte et attachante qu’était Daniel Huillier.

Les participants se sont retrouvés pour un repas partagé avant de se donner rendez-vous pour de prochaines de ces initiatives mémorielles qui soulignent toute l’actualité des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité pour lesquelles des femmes et des hommes ont donné leur vie sur le plateau du Vercors.





